
Lecture yin-yang de La Nuit étoilée
Lorsque l’on observe La Nuit étoilée, peinte en juin 1889 depuis la fenêtre de sa chambre à l’asile de Saint-Rémy, la composition apparaît comme une illustration presque littérale de la dualité taoïste :
Le ciel (yang) : mouvement ascendant, tourbillons flamboyants, étoiles et astres solaires incandescents, lignes courbes et énergiques, couleur dominante bleue profonde mais traversée de jaune et de blanc lumineux.
La terre (yin) : village endormi, cyprès noir dressé comme une flamme obscure reliant ciel et terre, collines arrondies et sombres, repos, réceptivité.
Le cyprès : axe central, « trait d’union » entre yin et yang, à l’image du S du taijitu. Il est à la fois terre (racines) et ciel (flamme pointant vers les étoiles), noir (yin) mais animé d’un mouvement ascendant (yang).
Les tourbillons du ciel : forme même du taijitu en rotation perpétuelle ; chaque spirale contient en son centre une contre-courbe qui évoque le point opposé du symbole (étoile blanche sur fond bleu nuit, ou cœur sombre dans les halos jaunes).
L’équilibre global : aucune domination définitive ; le ciel semble « descendre » vers la terre tandis que le cyprès « monte » vers le ciel ; lumière et obscurité se pénètrent mutuellement.
Un hommage conscient ou une convergence profonde ? Van Gogh était sensible à la philosophie extrême-orientale à travers les estampes et les lectures de son époque (notamment les frères Goncourt et les écrits de Judith Gautier). Dans une lettre à Émile Bernard (novembre 1889), il évoque la nécessité de « l’équilibre des contraires » et du « grand calme » au milieu du tourbillon de la vie – formulation qui fait écho au wuwei taoïste et à l’harmonie du yin-yang.
Ainsi, même si Vincent van Gogh n’a jamais intitulé son œuvre « Hommage au Tao », La Nuit étoilée peut être légitimement interprétée comme une traduction occidentale, intuitive et passionnée, du principe millénaire du yin-yang : un ciel yang en pleine explosion créatrice équilibré par une terre yin en repos méditatif, reliés par l’axe vivant du cyprès, le tout animé par des courbes cosmiques qui semblent tourner éternellement autour d’un centre invisible – exactement comme le taijitu symbolise le mouvement perpétuel du Tao.
L’œuvre devient alors, consciemment ou non, l’un des plus beaux hommages modernes rendus à l’antique sagesse chinoise de l’équilibre des opposés.





