La paréidolie des aînés presbytes : clé de l’émergence de l’art pariétal paléolithique
Au Paléolithique supérieur, les rares individus dépassant 50 ans, exemptés des tâches physiques lourdes, occupaient un statut de « sages » ou de gardiens du savoir. Sans correction optique, ils présentaient tous une presbytie sévère, souvent associée à un début d’opacification cristallinienne.
Or, la neurosciences actuelles démontrent que la fréquence des paréidolies (perception de visages ou d’animaux dans des formes ambiguës) augmente fortement avec l’âge, avec un pic marqué après 50–60 ans, du fait d’une résolution visuelle réduite et d’une hyperactivation compensatoire des aires de reconnaissance des formes (Liu et al., 2021 ; Krøjgaard et al., 2023 ; Hodgson, 2023).
Dans la pénombre des grottes (< 0,1 lux), les parois calcaires offraient un support idéal à ces illusions. Les aînés presbytes, disposant de temps et d’une mémoire exceptionnelle des morphologies animales, étaient les plus à même de « voir » bisons, mammouths ou esprits dans les reliefs naturels, puis de les souligner ou de les compléter par le trait ou le pigment.
L’archéologie confirme cette hypothèse : la majorité des figures pariétales exploite délibérément des paréidolies naturelles (Guy & Bourdier, 2024), et les panneaux les plus riches se situent dans les zones profondes, probablement réservées aux initiations menées par ces aînés.
Ainsi, la presbytie des « vieux sages » n’était pas un handicap mais un avantage cognitif et social : elle transformait la roche en support vivant de visions partagées, fondant à la fois l’art pariétal et la transmission mythique du groupe.